Maeterlinck à Saint-Wandrille

De Gruchet-Saint-Siméon à Saint-Wandrille-Rançon,
Les amants de Saint-Wandrille,
par Pierre-Antoine Dumarquez
(extrait)

« Nous ne voyons souvent que l’envers des destinées… »

« En parlant aujourd’hui de l’Abbaye que j’ai tant aimée, mon cœur tremble comme s’il s’agissait d’un amour perdu. J’entends sur les dalles le murmure de mes robes d’abbesse », écrit Georgette Leblanc en 1931 dans ses Souvenirs.

La cicatrice était encore à vif quinze ans après que Georgette Leblanc et Maurice Maeterlinck, les « amants lumineux », eurent déserté les murs millénaires de l’abbaye de Saint-Wandrille.

Georgette est la sœur de Maurice Leblanc, le créateur d’Arsène Lupin. Cantatrice et tragédienne à la fortune variée, elle rencontre Maurice en 1895, à Paris. Elle a vingt-six ans, il en a sept de plus. Elle est déjà célèbre, lui tout juste.

Maeterlinck était né à Gand en 1862, dans une riche famille bourgeoise. Docteur en droit, il devient avocat. Passionné de canotage, de bicyclette, de patinage et de boxe, son existence est pourtant dominée par le mystère de la vie profonde et l’appel de l’inconnaissable.

Très vite, bien plus attiré par la plume que par le barreau, il fréquente les cercles littéraires parisiens. Émule de Villiers de L’Isle Adam et de Théodore de Banville, l’avocat cède la place au poète, au dramaturge et à l’essayiste. La charnière du siècle coïncide avec l’évolution de son inspiration.

Associant désormais la nature à sa philosophie de vie, il découvre, grâce à son amante, l’attrait de la Normandie : en 1898, ils emménagent à Gruchet-Saint-Siméon, petit village de la Seine- Inférieure d’alors, à mi-chemin entre Dieppe et Saint-Valery-en-Caux. Georgette y tient, ce sera l’automne et l’hiver à Paris, le printemps et l’été en Normandie. Son choix se porte sur une maison de brique à un étage, traditionnelle dans cette région. Séparée de l’église du village par une rangée de grands hêtres, elle est baptisée illico « le Presbytère ». Gruchet-Saint-Siméon offre une alternative campagnarde et douillette à l’onéreuse facilité des salons parisiens de la villa Dupont et de la rue Raynouard, où Maeterlinck ne fait d’ailleurs que passer.

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