Aix-en-Provence Zola

AIX-EN-PROVENCE

Émile Zola en Arcadie

par Marie-Nicole Le Noël

 

 

« Ô région d’amour, de parfum, de lumière… »

 

« En ce moment, lorsque je ferme les paupières, il n’est pas à Aix un coin de rue, un pan de vieille muraille, un bout de pavé ensoleillé qui ne s’évoque avec un relief saisissant. Je revois les moindres sentiers des environs, les petits oliviers grisâtres, les maigres amandiers frémissant du chant des cigales, le torrent toujours sec, la route blanche où la poussière craque sous les pieds comme une tombée de neige. »

Ainsi parlait Émile Zola dans le discours qu’il prononça à l’occasion d’un dîner donné par les Félibres, évoquant avec une nostalgie qui ne devait jamais le quitter ses jeunes années provençales.

Zola avait trois ans quand ses parents s’installèrent dans l’ancienne capitale de la Provence, devenue sous-préfecture en 1800. Il en avait sept quand son père mourut, laissant la famille dans une situation financière qui ne cessa de se détériorer jusqu’à la misère. À 18 ans, Émile quitta Aix le cœur déchiré, emportant avec lui des souvenirs qui allaient fortement marquer son œuvre à venir.

« Mon père, ce héros… ». Émile aurait pu faire siennes ces paroles du célèbre poème. Zola père s’installait à Marseille à 23 ans comme ingénieur-architecte-topographe. En 1837, la municipalité d’Aix ayant ouvert un concours pour la construction d’un barrage dans les gorges de l’Infernet, au pied de Sainte-Victoire, il élaborait et présentait son projet : ce barrage, le premier barrage-voûte de France serait prolongé par un canal afin d’acheminer à la ville, régulièrement éprouvée par la sécheresse et le choléra, les eaux de ruissellement de la montagne et celles de la Cause, petite rivière qui irrigue le village du Tholonet. S’ensuivaient dix années d’un combat épuisant, pendant lesquelles d’importants propriétaires terriens revendiquant la possession des eaux en question déposaient des recours contre le projet que défendait François Zola. Enfin, le 4 février 1847, le premier coup de pioche du futur barrage initiait un chantier qui allait durablement impressionner le jeune Émile. François Zola décéda moins de deux mois après le début du chantier.

Ce père héroïsé inspira certains personnages de ses romans : le type de l’ingénieur philanthrope passionné par son temps, faisant de sa vie un sacerdoce voué au progrès et ipso facto, à la félicité de l’humanité…

Extrait de l’ouvrage : Balade en Provence, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2012

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