Cap-d’Ail Apollinaire

Cap-d’Ail, Nice

Apollinaire, la Côte d’Azur ou l’amour du destin

par Laurence Campa

 

 

Terreau de poésie, décor de l’enfance et de la maturité, la Côte d’Azur inscrit dans le paysage mental d’Apollinaire les souvenirs et les sensations d’une vie vouée à la poésie.

Apollinaire découvre la Riviera avec les yeux d’un enfant de six ans. Il s’appelle encore Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinare, né à Rome le 25 août 1880 de père inconnu et d’Angelica de Kostrowitzky, dont il porte le nom, comme son demi-frère Albert. La famille arrive à Monaco en mars 1887, alors qu’un séisme vient de secouer toute la région, et s’installe dans le modeste meublé Dagnino, boulevard de l’Ouest (aujourd’hui Rainier III). Déclassée de la petite aristocratie polonaise, joueuse et femme galante attirée par les mirages de la Principauté où se pressent riches hivernants, têtes couronnées et aventuriers de l’Europe entière, Angelica espère les faveurs de la Fortune. Entraîneuse au Casino, elle se berce d’illusions mais veille à l’éducation de ses fils, qu’elle a inscrits comme internes au Collège Saint-Charles, situé dans l’élégant bâtiment qui abrite aujourd’hui la mairie de Monte Carlo. Guglielmo, qu’on nomme désormais Guillaume, est un bon élève très pieux. Il s’est lié avec James Onimus, fils d’un grand médecin du Cap d’Ail, qui le reçoit dans la Villa Charles James, dont le parc luxuriant descend jusqu’au rivage. Les jours de congé, les deux frères et leur ami pêchent avec les enfants du voisinage à bord du pointu Noémie. Poème de l’errance et de l’amour perdu, « Zone »  se souviendra en 1912 :

 

Maintenant tu es au bord de la Méditerranée

Sous les citronniers qui sont en fleurs toute l’année

Avec tes amis tu te promènes en barque

L’un est Nissard il y a un Mentonasque et deux Turbiasques


Sur les hauteurs de la Turbie se trouve le sanctuaire de Notre-Dame de Laghet, dont les milliers d’ex-votos, tableaux naïfs, objets votifs et ardentes prières, témoignent des miracles de la Vierge. Le conte « Les Pélerins piémontais » (1903) ranimera la ferveur de ce lieu populaire en mêlant des images réelles et rêvées, tout comme le personnage de Mariette sera, dans l’autobiographie mythique « Le Poète assassiné » (1916), composé à partir du souvenir de la fille du métayer, Henriette, que Guillaume aime sans retour en son adolescence…

 

Extrait de l’ouvrage : Balade à Nice, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, avril 2012

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