Jean Jaurès à Castres

CASTRES

Jean Jaurès, de l’Occitanie à l’Internationale
par Jòrdi Blanc
(extrait)

Marie, Joseph, Jean Jaurès, mais aussi Auguste, rajouté, sur l’acte d’état civil, le 3 septembre 1859 : c’est une trinité on ne peut plus chrétienne, et à peine romanisée, qui veille sur le berceau du futur tribun que sa mère, Adélaïde Barbaza, endort sur les paroles d’une très vieille berceuse occitane, « Sòm, sòm, vèni vèni ».

Jaurès, cela veut dire « du Jaur », un cours d’eau de la Montagne noire, origine des ancêtres paternels de Jaurès, fabricants-commerçants depuis le xvie siècle et qui sont peu à peu descendus de la montagne. À Dourgne d’abord, puis à Castres où s’est installé Jules Jaurès, le père de Jean. Alors que deux de ses cousins germains, Alexandre Jaurès et Benjamin Jaurès sont vice-amiraux, trente six métiers, trente six misères. La famille d’Adélaïde, fabricants castrais du textile et édiles municipaux, y a regardé à deux fois avant de consentir au mariage.

Pendant la guerre de 1870, Benjamin Jaurès est général de l’armée de la Loire. À onze ans, le petit Jean ne perd pas un mot des récits familiaux, dévore les feuilles de La Dépêche qui vient d’être lancée et vibre aux prouesses de Gambetta et de la défense nationale. Benjamin deviendra ministre de la Marine, et lorsque Jean se lancera en politique, « comme le canard va à l’eau », il n’aura qu’à se faire un prénom. Mais, par son humanité à toute épreuve, son immense culture et ses dons d’orateur, il touchera des fibres si intimes et si profondes qu’il sera, pour les mineurs et les verriers de Carmaux, les délaineurs de Mazamet, les mégissiers de Graulhet, les vignerons du Bas-Languedoc et les petits paysans de nos montagnes, « lo nòstre Joanon ».

La petite ferme de la Fédial, à quatre kilomètres de Castres, dont Adélaïde supportera la charge, constituera le cadre de vie rural qui sera celui du petit Jean, « lo Gròs », et de son cadet d’un an, Louis, « lo Rossèl », futur vice-amiral aussi. C’est à pied qu’ils se rendront tous les jours à l’école à Castres, à la pension de l’abbé Séjal et de sa sœur où il apprendra le latin.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Midi-Pyrénées, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2011.

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