La Frette-sur-Seine Chardonne

La Frette-sur-Seine

Chardonne-sur-La-Frette
par André Bay
(extrait)

 

 

Barbezieux, Chardonne, La Frette : ces trois lieux ont jalonné l’œuvre de Jacques Chardonne.

A Barbezieux, en Charente, Jacques Boutelleau est né le 2 janvier 1884.

Chardonne, le village suisse qui l’a hébergé, lui inspire son pseudonyme.

Enfin La Frette est l’étape la plus longue, la plus stable et de loin la plus importante (1926-1968), celle où il écrit toute son œuvre à l’exception de L’Épithalame (1921).

Remarquons que ces lieux sont des villages, écartons Barbezieux où il s’est contenté de naître et de passer son enfance. Il y aura pris néanmoins le goût de la littérature, de l’amitié, des jeunes filles, d’une forme de civilisation, et il y retournera en le recréant dans Le Bonheur de Barbezieux (1938). Le choix de Chardonne-sur-Vevey alors qu’il avait été réformé pour raison de santé était médical plus que personnel. Il avait besoin d’air pur et déjà d’un Ciel dans la fenêtre ; de son chalet, on voyait s’étaler le lac Léman et au-delà les sommets des Alpes.

Ce n’est pas sans avoir beaucoup cherché qu’il trouvera La Frette… Il lui faut alors un lieu assez proche de Paris, siège des éditions Stock dont il est le codirecteur avec son ami Maurice Delamain. Il est convenu entre eux qu’il sera au bureau chaque après-midi, réservant ses matinées à son métier d’écrivain.

En faisant construire une maison sur le coteau, il pourra jouir d’une vue qui lui rappellera sans doute celle qu’il avait de Chardonne-sur-Vevey, il domine une vaste boucle de la Seine entre Sartrouville et Herblay ; de l’autre côté du fleuve, c’est la plaine d’Achères, puis la forêt de Saint-Germain, et au-delà, dans le lointain, une ligne de collines ferme l’horizon. Le ronron des péniches sur la Seine rythme le silence plus qu’il ne le détruit. Ayant soigneusement choisi son lieu d’implantation, il demande à son architecte, Henri Pacon, de lui construire «un perchoir d’écrivain pour une cinquantaine d’années» et lui explique comment il l’imagine : une maison carrée toute en grandes baies vitrées qui recevra le soleil de l’aube au crépuscule.

Cette volonté de fixation à La Frette pour que l’écrivain s’accomplisse marque aussi un renouvellement complet dans sa vie. Son premier mariage n’a pas résisté à L’Épithalame ; il vit, séparé de sa première femme, en compagnie d’une jeune veuve, Camille Belguise, un nouvel amour, et la maison de La Frette qu’ils ont conçue ensemble devrait être celle du bonheur.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Val-d’Oise, sur les pas des écrivains, Alexandrines, avril 1999

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *