Marie-Paul Armand à Leforest

LEFOREST

Marie-Paul Armand, de la terre à l’écriture
par Florence Lefebvre
(extrait)

Dominé par le terril du Belvédère, le canton de Leforest a été marqué par l’histoire minière. Cette petite ville de quelque 6 000 habitants est implantée à l’est du Lensois, dans l’agglomération de Hénin-Carvin. Cette partie orientale du Pas-de-Calais est sillonnée par la chaîne des terrils, ces derniers vestiges d’une intense activité humaine, point de mire de toute une population de 1720, date de la découverte du charbon à Anzin dans le Nord, à 1990, date de fermeture du dernier puits de mine à Oignies.

Marie-Paul Armand naît dans cette petite commune après la Seconde Guerre mondiale.

« Mon enfance, raconte-t-elle, s’est déroulée paisiblement dans ce petit village des années cinquante. À l’école, la grande majorité des élèves avait un père mineur. »

Au-dessus de son enfance plane l’ombre bienveillante de ses grands-parents Paul et Marie Devienne. Tout au long de celle-ci, la petite Marie-Paul visite son grand-père, mineur, et sa grand-mère dans leur maison de briques rouges, construite à crédit sur le terrain familial. L’intérieur traditionnel et chaleureux, avec sa décoration de carreaux de faïence, accueille la gamine, qui voit un héritage se construire sous ses yeux. « Ma maison, ce sera pour ma petite-fille ! » répétait souvent sa grand-mère.

Dans cette ambiance familiale, la petite écoute les histoires de son grand-père ; celles du temps passé, de sa jeunesse. L’époque de son grand-père Paul, au début du XXe siècle, est marquée par la catastrophe de Courrières, ville située à quelques kilomètres de Leforest. Ce qu’on appelle « le coup de grisou », l’explosion d’un gaz combustible qui se dégage spontanément dans les mines de houille et brûle à la moindre étincelle, tue 1099 mineurs le 10 mars 1906. Quatorze mineurs sortiront vivants trois semaines après la catastrophe, et pour eux la presse inventa un néologisme passé dans la langue, peut-être issu du patois picard : le mot « rescapé ».

Marie Devienne, femme de mineur, impressionne la petite Marie-Paul par son courage ; sa petite-fille l’observe souvent coudre longuement des pardessus pour homme afin d’apporter des subsides à la famille et de payer cette maison si chère à son cœur, travaillant au plus vite, s’abîmant les mains sur le tissu de grosse toile. Grande, forte, solide, Marie devient pour sa petite-fille le symbole des femmes du Nord. « Je garde très précisément dans ma mémoire l’image de cette femme, penchée sur sa machine à coudre, confie Marie-Paul Armand. On ne peut oublier cela ! »

Elle rendra un bel hommage à sa grand-mère en créant à son image, dans son tout premier roman La Poussière des Coron, le personnage de Madeleine, femme de mineur et mère dévouée à sa famille, endurcie par le dur labeur.

Marie… Paul… deux prénoms issus des racines familiales qui marquent le prénom-même de l’auteur tout comme sa mémoire d’enfant.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Pas-de-Calais, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mai 2006

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