Franz Werfel et Alma Mahler à Lourdes

LOURDES

Franz Werfel, Alma Mahler, pèlerins involontaires,
par Pierre Nouilhan
(extrait)

 

Peut-on encore imaginer ce que furent ces jours de juin 1940 où la France fut vaincue ? Des populations fuyant sur des routes encombrées, parfois mitraillées, des morts, des enfants perdus, une armée en déroute, de fausses nouvelles se mêlant à l’angoisse des vraies. Dans le Sud-Ouest, les réfugiés affluent : Agen passe en quelques jours de 27 000 à 45 000 habitants, Cahors de 13 000 à 60 000. Des parents confient à des inconnus leurs enfants, qu’ils chercheront ensuite par de multiples petites annonces :

« Mme Gentil, Hôtel Mercier à Montmorillon (Vienne) demande des nouvelles de ses filles Camille et Ghislaine laissées à Évreux le 10 juin. »

« Recherchons Marie-José Philippe, 6 ans, perdue Bourges juin. Écrire… »

Presque partout des drames, dans un pays assommé. Un pays à l’intérieur duquel on fuit.

Perdu dans ce chaos, un couple d’étrangers : Alma Mahler et son mari Franz Werfel qui ont quitté l’Autriche en mars 1938, lors de son annexion par le Reich ; ils sont depuis quelques mois, à Sanary-sur-mer. Alma a été la première femme du génial compositeur Gustav Mahler, mort en 1911, dont la musique, en 1940, est presque oubliée. On ne la rejouera régulièrement que plus tard, à partir des années 60. Elle est musicienne, compositeur même, très belle, intelligente, énergique, personnalité passionnée… collectionneuse d’hommes célèbres. Son premier amour : le peintre Gustav Klimt, fou d’elle, avec qui elle a vécu une aventure contrariée et tumultueuse. A suivi le compositeur, lui aussi redécouvert récemment, Alexander Von Zemlinsky, puis Gustav Mahler, son plus grand homme, du moins pour nous. Pour elle aussi sans doute, mais ça n’est pas tout à fait sûr même si pour le futur elle reste l’épouse de Gustav Mahler, dont elle aura deux filles, Maria et Anna. Alma sera aussi, Mahler n’étant pas mort, la maîtresse de Walter Gropius célèbre architecte du Bauhaus, et plus tard sa femme. Naîtront de cette union deux enfants, l’un mort en bas âge, et Manon, qui mourra à 18 ans, et pour laquelle Alban Berg écrira son Concerto à la mémoire d’un ange. Alma aura aussi une liaison amoureuse avec le peintre Oscar Kokoschka. Elle épousera enfin l’écrivain autrichien Franz Werfel.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Midi-Pyrénées, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mai 2011

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