Julien Gracq à Nantes et Pornichet

NANTES, PORNICHET

Julien Gracq a choisi la Loire-Atlantique,
par Alain-Michel Boyer
(extrait)

Julien Gracq, écrivain de Loire-Atlantique ? Né en 1910 à Saint-Florent-le-Vieil, village commercialement et administrativement rattaché à Angers ; décédé à Angers en 2007, Louis Poirier pour l’état civil, Julien Gracq pour la postérité, semblerait intrinsèquement angevin si, par le jeu du destin comme par celui des affinités, il ne s’était vite détourné de la cité des bords du Maine, trop paisible à son goût, trop « pataude », à la respiration trop courte, au « pouls ralenti », cité « aménagée pour les commodités douillettes d’une fin de vie cossue », insensible aux vents venant du large. À la différence de Nantes, qu’il découvre lorsqu’il entre en sixième et qu’il perçoit d’emblée, au contraire (ainsi qu’il le confie dans le livre qu’il lui a tout entier consacré, La Forme d’une ville) comme une agglomération « remuante, bougeante et résonnante plus que de raison », avec « un état de friction latente et continuelle qui électrise les rapports ». Pour l’enfant qui, à onze ans, après les années campagnardes de Saint-Florent, arrive à Nantes, la ville, cet espace crépitant de possibles, se confond avec un rêve de liberté. Pour celui qui a localisé dans la métropole de l’Ouest l’image rimbaldienne des splendides villes, Nantes semble contenir les promesses d’un avenir merveilleux. À la recherche du secret de la vie et de la révélation qui la transformerait, Gracq perçoit la ville natale de Jules Verne comme une fourmillante cité. Le « courant d’air vif » qui « irrigue » ses rues, animées, le soir, d’« une activité trouble », « insolite », la magie de certains lieux (pont transbordeur, quai de la Fosse, hippodrome), la soustraient à la banalité quotidienne. À Nantes, qui symbolise pour lui l’énergie à l’état pur, l’enfant a été, plus qu’ailleurs, sensible aux souffles qui se lèvent sur la terre et aux énigmes que recèlent les lieux. C’est là que les choses se sont jouées pour la vie dès la première rencontre, c’est là que l’existence urbaine lui est apparue comme mystérieuse, fantastique, fébrile, travaillée de tensions, de conflits, de passions, et parce qu’elle rendait immédiat ou simultané ce qui, à la campagne, se répartissait selon des rythmes et des cycles.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Loire-Atlantique, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, février 2009

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *