Nice Gary

Romain Gary : les couleurs qui rassurent et les masques du carnaval

par Laurence Genevet

 

« Vieillir ? Catastrophe.

Moi, ça ne m’arrivera pas. Jamais. »

 

Imaginons le sentiment d’inquiétude d’un adolescent de 14 ans, né à Wilnus, arrivant à Nice en 1927, seul avec sa mère, dans le climat de xénophobie croissante des années 30. Roman Kacew ne connaît pas son père, sa mère, Nina, gardera à jamais le silence sur ce point.

 

Des couleurs qui rassurent.

Nice l’accueille avec ses couleurs : « J’ai gardé, de mon premier contact avec la France, le souvenir d’un porteur à la gare de Nice, avec sa longue blouse bleue, sa casquette… et un teint prospère, fait de soleil, d’air marin et de bon vin. » Mère et fils séjournent quelques mois avenue Shakespeare, puis s’installent au 7, boulevard François Grosso, au carrefour de la rue Dante. Nina, s’y voit confier la gestion d’une pension dont le jeune Roman Kacew, –qui plus tard, prendra le pseudonyme de Romain Gary –, déjà créatif, invente le nom : Mermonts. Mer et Monts s’y côtoient… et la consonance est proche de Mermoz, idole de Roman qui se passionne pour l’aviation.

Le caractère cosmopolite de la ville le réconforte : Russes, Italiens, Arméniens, Algériens, Africains, Portugais. « Nice comptait alors près de dix mille familles russes, un noble assortiment de généraux, de cosaques, d’atamans ukrainiens, de colonels de la garde impériale, princes, comtes, barons, baltes et ci-devant de tout poil, ils réussirent à recréer au bord de la Méditerranée une atmosphère à la Dostoïevski, le génie en moins. Pendant la guerre, ils se scindèrent en deux, une partie fut favorable aux Allemands et à la Gestapo, l’autre prenant une part active dans la Résistance. Les premiers furent liquidés à la Libération, les autres s’assimilèrent complètement et disparurent à tout jamais dans la masse fraternelle des quatre-chevaux Renault, des congés payés, et de l’abstention aux élections. »

 

Extrait de l’ouvrage : Balade à Nice, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, avril 2012

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