François-Marie Luzel à Plouaret

PLOUARET – TREGOR

François-Marie Luzel, le Juif errant de la basse Bretagne,
par Françoise Morvan
(extrait)

Il serait facile de faire de François-Marie Luzel un doux folkloriste attaché à recueillir pieusement les pièces de théâtre, les chants et les contes populaires de la basse Bretagne (celle qui se trouve à l’ouest et où l’on parle breton) puis à les transcrire scrupuleusement pour la plus grande gloire du peuple breton du nord, du sud, de l’ouest et même de l’est (où l’on n’a jamais parlé breton). C’est, du reste, cette image un peu terne d’auteur, ou plutôt de non-auteur, méritant qui s’est imposée au fil des années, cependant que les milliers de pages de son immense collecte restaient dormir dans la poussière des archives : une centaine de manuscrits de pièces de théâtre, un millier de chansons, plus de quatre cents contes, et des notes de voyage, des essais, des récits, des lettres échangées avec les plus éminents chercheurs de son temps dans le domaine des traditions populaires, des photographies aussi, puisqu’il fut un pionnier en ce domaine comme en bien d’autres…

Pourquoi cette œuvre immense était-elle oubliée quand le moindre texte en langue bretonne, fût-il d’une totale indigence, bénéficiait d’aides à l’édition ? Si les textes en breton de Luzel ont une qualité, c’est qu’ils sont écrits dans une langue limpide, puisée à la source de la parole populaire : né à Plouaret, dans une famille républicaine du Trégor intérieur, il devait son goût pour les grandes complaintes à sa mère (dont il transmit le répertoire) et son goût pour le théâtre populaire à une représentation du mystère de Sainte Tryphine et le roi Arthur donnée en 1832 dans sa paroisse natale et interdite, comme de coutume, par l’église.

Ce n’est pas sans raison que son œuvre s’ouvre par une édition de Sainte Tryphine qu’il n’eut de cesse de faire représenter comme pièce de théâtre au plein sens du terme et que ses notes de voyage le montrent cheminant par les campagnes du Trégor à la recherche de manuscrits poudreux, plus précieux à ses yeux que les éditions les plus rares.

Ce n’est pas sans raison non plus que celui que l’on devait appeler « le Juif errant de la basse Bretagne » donne pour centre rayonnant de son œuvre le foyer de la veillée au manoir de Keramborgne : lieu maternel, lieu d’enfance, matrice du conte, le foyer qu’il n’a cessé de mettre en scène dans ses Veillées bretonnes est ce qui rassemble et relie la parole à la mémoire commune.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Bretagne Nord, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2011.

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