Jean Rohou à Plougourvest

PLOUGOURVEST

La promotion d’un plouc,
par Jean Rohou
(extrait)

Je suis né en 1934 dans une ferme du Nord Finistère. Dans ce hameau isolé, mon éducation psychique s’est fondée sur l’observation des plantes, des arbres, des animaux autant que des humains : un chêne et un peuplier, une pie et un corbeau, un chat et un serpent incarnent des façons bien différentes de vivre et de réagir. J’ai appris le français exclusivement à l’école. Par suite d’un concours de multiples circonstances invraisemblables, je suis allé au collège : une chose rare à l’époque pour un fils de pauvres. J’étais le premier de la commune à entrer au collège public, au « collège du diable » : d’où beaucoup de remous dans ma dévote paroisse.

J’ai rapidement senti la grande différence entre la situation très fruste dont je venais (pas de chauffage, d’électricité, d’eau courante ni de W.C., même à l’extérieur) et celle que me vaudrait la réussite scolaire. Cela m’a rendu non seulement travailleur – comme tous les Léonards – mais motivé et intellectuellement dynamique : félicitations tous les trimestres, prix d’excellence tous les ans. Si bien que je ne suis pas revenu à la ferme à quatorze ans, comme c’était initialement convenu.

Agrégé à vingt-trois ans, j’ai commencé à enseigner à l’Université à vingt-sept ans. Spécialiste d’histoire littéraire, du xviie siècle et surtout de Racine, j’ai publié une bonne vingtaine d’ouvrages.

De 1800 à 1960, la Bretagne était une région de forte natalité (catholique) et de sous-développement économique. Les jeunes n’avaient que trois solutions : l’exil, notamment en région parisienne pour être les travailleurs immigrés d’alors ; la rare invention d’une solution originale, qui pouvait mener loin à partir de rien, comme l’ont montré Édouard Leclerc, François Pinault et quelques autres ; ou la réussite scolaire, qui reste une spécialité régionale : de 1996 à 2007, la Bretagne a été huit fois première et deux fois seconde sur vingt-sept académies au baccalauréat général, et le Finistère onze fois sur douze premier de cette excellente académie. Plusieurs autres indices montrent que la Bretagne, surtout dans sa partie bretonnante, est d’un dynamisme intellectuel et culturel sensiblement supérieur à celui de la moyenne des provinces françaises : il suffit pour le constater de comparer par exemple ses quotidiens à ceux des autres régions. J’ai bénéficié de ce dynamisme.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *