Louis Guilloux à Saint-Brieuc

SAINT-BRIEUC

Louis Guilloux : homme de navettes
par Yves Loisel
(extrait)

Saint-Brieuc-Paris, Paris-Saint-Brieuc : combien de fois, dans sa longue vie, Louis Guilloux (1899-1980) n’a-t-il pas effectué l’aller et retour entre sa ville natale et cette capitale dont il avait rêvé à l’adolescence ? À tel point qu’à Paris, on avait fini par le surnommer « homme de navettes » !

« Saint-Brieuc-les-Choux » : dès sa jeunesse, Guilloux avait fait sienne cette expression cruelle, répétée à l’envi par son ami Jean Grenier, qui lui aussi deviendra écrivain. Alors que grondait au loin la guerre de 14, l’un comme l’autre trouvaient, en effet, leur ville mesquine, étouffante, bêtement cocardière, voire franchement belliciste. De l’air ! Par les Parisiens venus en nombre se réfugier à Saint-Brieuc, Louis Guilloux avait entendu parler de la Ville lumière, de l’effervescence intellectuelle qui y règne, de la vie culturelle qu’on peut y mener…

À dix-neuf ans, n’y tenant plus, le jeune homme saute dans le train. Un coup de tête suivi d’un retour rapide au bercail : même quand on est prêt à exercer mille petits métiers, gagner sa vie dans le Paris de l’immédiat après-guerre n’est pas chose aisée. Premier départ, premier retour, donc. Il y en aura bien d’autres !

Car, malgré bien des revers, le jeune homme s’accroche : il veut être écrivain et a la certitude que ce n’est pas en Bretagne, et surtout pas chez lui, qu’il pourra satisfaire ses aspirations. Ainsi vivra-t-il, écartelé entre Saint-Brieuc et Paris, déchiré entre le monde brillant des écrivains qu’il va fréquenter à partir des années 20 (André Chamson, Daniel Halévy, Julien Benda, André Malraux, Jean Guéhenno, etc.) et le modeste milieu familial, ouvrier et pauvre, dont il est issu.

[…]

Extrait de l’ouvrage : Balade en Bretagne Nord, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2011.

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