L’abbé Raynal à Saint-Geniez-d’Olt

SAINT-GENIEZ-D’OLT

L’abbé Raynal, du Rouergue aux deux Indes
par Gilles Bancarel
(extrait)

Le 8 décembre 1789, la Société Royale d’agriculture de Paris inscrit sur la liste de ses membres correspondants le nom de M. l’abbé Raynal ; la prestigieuse Académie venait ainsi de récompenser le philosophe Guillaume-Thomas Raynal à la fois pour son livre best-seller, l’Histoire des deux Indes, et pour son œuvre pionnière en faveur du progrès de la science. Cet acte solennel reconnaissait ce que la Révolution française devait au philosophe, rappelant l’action moins connue qu’il mena pour le « bonheur du genre humain » ainsi que son attachement à sa terre. Le succès sans précédent de son livre, qui fait de Raynal le précurseur de la lutte contre l’esclavage et l’un des premiers promoteurs des Droits de l’Homme, a fait oublier l’auteur derrière l’œuvre – ce succès finira même par nuire à sa réputation puisque ses prises de position au lendemain de la Révolution heurteront de front l’image du « disciple de la liberté » formée dans l’opinion publique.

Écrivain, compilateur, journaliste, historien, philosophe, l’abbé Raynal est au cœur des intrigues politiques de son temps. Très bien introduit dans les arcanes du pouvoir, il gravite dans les hautes sphères du commerce, de la diplomatie et de la littérature. C’est donc avec ces outils qu’il fabrique l’Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Inde, encyclopédie qui a l’ambition démesurée de parler de la marche du monde et dans laquelle le philosophe, dans un souci d’universalité, souhaite que l’on oublie son pays natal.

Cependant, c’est bien dans les bagages de ce provincial monté à la capitale que l’on retrouve l’essence même d’une œuvre. L’ouvrage de Raynal, né dans la seconde moitié du xviiie siècle, n’est pas celui d’un philosophe utopiste ou d’un politique engagé mais celui d’un prêtre généreux et pragmatique, profondément enraciné, imprégné et influencé par la bourgeoisie marchande du Rouergue, laquelle aspirait aux valeurs nouvelles incarnées par la Révolution française. C’est par elle et avec elle qu’il a conçu et édifié l’Histoire des deux Indes. À l’image de ces générations de bougnats qui deviendront un siècle plus tard cafetiers dans la capitale, l’abbé construira sa réputation mais sur le commerce… des idées.

[…]

Extrait de l’ouvrage : Balade en Midi-Pyrénées, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2011.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *