Edmond Railhac à Saint-Geniez-d’Olt

SAINT-GENIEZ-D’OLT

Edmond Railhac ou les tribulations d’un héros balzacien
par Philippe Méraux
(extrait)

« À nous deux, maintenant ! »

Voilà sans doute ce que pense le jeune rouergat Edmond Railhac en débarquant à Paris, à la fin de ce mois d’octobre 1856. Seize ans, bachelier ès lettres, riche d’espoirs mais le portefeuille mince, notre nouveau Rastignac froisse dans sa poche une lettre de recommandation.

C’est Jérôme Bessières, le vieux chanoine de son village natal aveyronnais, qui l’a rédigée à l’attention d’une figure ecclésiastique parisienne, l’abbé Faudet, curé de la très riche paroisse de Saint-Roch. À son exemple en effet, le jeune étudiant veut se faire prêtre. Qui sait ? En bûchant obstinément, peut-être pourra-t-il se pousser dans la société et briller comme le fit son illustre compatriote Guillaume-Thomas Raynal quatre-vingt-dix ans plus tôt.

Hélas, quelque temps après, un mot du supérieur de Notre-Dame-des-Champs vient briser ses rêves. A-t-on décelé de la tiédeur dans sa vocation ? Manifeste-t-il trop d’intérêt pour le monde ? En tout cas, les termes sont poliment voilés mais définitifs :

« Son état de santé ne lui permet pas de suivre les exercices ecclésiastiques du [séminaire]. »

Dès lors, notre jeune homme va voguer de galère en galère, passant d’une chambrette glaciale à de misérables galetas, côtoyant pions, carabins, répétiteurs et saute-ruisseaux. C’est qu’il ne lui reste qu’une solution : faire son droit, percer dans les finances, puis décrocher une perception. Il a, c’est vrai, de qui tenir. Son grand-père était employé au bureau de la gabelle de Rodez sous l’ancien régime. Son père est percepteur de Saint-Geniez-d’Olt.

En attendant, il faut vivre, gratter, économiser sur tout afin de payer les cours et filer encore jusqu’au Service des contributions indirectes de la Seine pour y travailler… gratuitement ! Son oncle, ses parents, ses amis reçoivent des missives désespérées :

« Ma situation devient insoutenable […]. Je suis dans le plus grand embarras […]. Je suis parti de l’Aveyron avec 200 francs et c’est avec cela qu’il a fallu faire le voyage, payer le terme d’octobre, une inscription, et vivre pendant 2 mois et demi… »

[…]

Extrait de l’ouvrage : Balade en Midi-Pyrénées, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2011.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *