René-Victor Pilhes à Saint-Girons

SAINT-GIRONS

René-Victor Pilhes ou la statue du contempteur
par Nicolas Coulaud
(extrait)

Entre les grandes figures de la République des Lettres et les auteurs du « second rang » auxquels des passionnés vouent un culte discret, il est des écrivains dont l’œuvre et la carrière se situent à mi-chemin des deux. Tel est le cas de René-Victor Pilhes. S’il a pris ses distances avec la littérature depuis 1999 et son roman La Jusquiame, il prend place parmi ces auteurs du dernier demi-siècle dont on ne saurait ignorer l’importance malgré l’ombre que font planer sur lui des romanciers plus connus de sa génération, celle qui fait ses premiers pas dans les années 60, et qui ont pour nom Patrick Modiano, Jean-Marie Gustave Le Clézio ou encore Michel Tournier. René-Victor Pilhes demeure l’écrivain qui rencontra un vif succès, aussi bien d’estime qu’en librairie, pour son roman L’imprécateur paru en 1974.

Quarante ans plus tôt il a vu le jour à Paris, en ces années de turbulences qui sont celles de la montée des idéologies mortifères, où les ligues descendent dans la rue tandis que le Front populaire commence à prendre forme. C’est en Ariège, où sa famille est enracinée, que René-Victor Pilhes passe son enfance. Élevé par sa grand-mère maternelle dans le petit village de Seix, non reconnu par un père qu’il ne reverra pas, René-Victor Pilhes traverse les premiers temps de la jeunesse avec l’indolence et le détachement de ceux que les prix d’excellence scolaire n’émeuvent pas. Jack London et la comtesse de Ségur sont ses maîtres, qu’il lit avec la ferveur des adolescents libres et sauvages. Au lycée de Saint-Girons, les parties de rugby aguerrissent ce jeune homme qui écrit ses premiers textes aux alentours de sa vingtième année alors qu’éclatent les évènements d’Algérie. Mobilisé en 1955, il part pour l’Algérie et découvre la guerre. Une guerre qui dissipe ses illusions et montre l’être humain sous une vérité que les ratiocinations universitaires ne perceront jamais. Après vingt-six mois passés au 5e groupe de chasseurs à pied, René-Victor Pilhes revient en France, persuadé que la politique n’est pas chose à prendre à la légère. L’ancien élève dilettante se plonge dans des ouvrages d’histoire, de philosophie, de politique, tout en décrochant un emploi d’agent commercial à Air France. Il adhère à la CGT, au parti radical, puis au PSA et au PSU. Au fil de ces années où il entre à la fois dans la vie professionnelle et militante, René-Victor Pilhes va éprouver des passions dignes d’un plus grand intérêt : la littérature et l’écriture.

[…]

Extrait de l’ouvrage : Balade en Midi-Pyrénées, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mai 2011

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