Chateaubriand à Saint-Malo

SAINT-MALO, COMBOURG

Les Enfances de l’Enchanteur,
par Yves Debroise
(extrait)

Saint-Malo, mercredi 19 juillet 1848…

Pour qui ce glas qui tinte, ces noires draperies semées de larmes d’argent, cet immense catafalque gothique dressé au cœur de la cathédrale, cette foule qui a envahi les murs de la cité et se presse aux abords ? C’est que l’on enterre aujourd’hui un célèbre enfant du pays, tour à tour soldat, voyageur, écrivain, ministre, le vicomte François-René de Chateaubriand, l’immortel auteur du Génie du Christianisme.

Penchée à sa croisée, rue de Dinan, dans l’attente du convoi funèbre, une vieille femme songe et se souvient… Elle l’a bien connu le jeune Franchin quand il courait la grève, pieds nus, compagnon des flots et des vents. Avec lui et les polissons de la ville, que d’espiègleries commises ! Et la vieille femme remonte le fil des souvenirs…

Dernier de dix enfants, dont quatre morts en bas âge, Franchin est si chétif à la naissance qu’on le confie à une solide nourrice de Plancoët, où réside sa grand-mère maternelle. Ā son retour, pour ses trois ans, sa famille quitte l’hôtel de la Gicquelais, où il est né, pour venir habiter l’hôtel White, face à la porte Saint-Vincent. René-Auguste, son père, armateur respecté, y installe ses bureaux.

En compagnie de sa sœur Lucile, il apprend à lire chez les sœurs Coupard ; puis, à l’école du père Chopin qui accueille les enfants d’armateurs et de capitaines, rue Saint-Benoît, il acquiert « des notions de dessin, de langue anglaise, d’hydrographie et de mathématiques qui (paraissent) plus que suffisantes à l’éducation d’un garçonnet destiné à la rude vie d’un marin ». Ses parents lui lâchent la bride et, avec les sautereaux de son âge, il n’aime rien tant que flâner autour des bateaux échoués à marée basse, qui retiennent dans leurs cales vides les senteurs d’épices, de café, et de toutes les denrées rapportées des mers lointaines. D’autres jours, c’est à l’éventail de la porte Saint-Thomas ou au pied du Fort-Royal que les mènent des jeux qu’ils poussent parfois jusqu’à la Hoguette où se dresse un ancien gibet. L’enfant apprend vite à nager, escalade les brise-lames et les rochers, se joue des vents et des caprices des marées. S’il revient à la maison les genoux en sang, les habits déchirés, la Villeneuve, la bonne servante, est là qui panse les plaies, répare le désordre des vêtements et préserve le jeune garçon des remontrances paternelles.

[…]

Extrait de l’ouvrage : Balade en Bretagne Nord, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2011.

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