Tristan Corbière à Morlaix

Morlaix, Roscoff

Tristan Corbière, visionnaire excentrique du pays de Morlaix,
par Pascal Rannou
(extrait)

Le nom de Tristan Corbière est depuis longtemps familier aux oreilles des morlaisiens, ne serait-ce que parce qu’il désigne leur lycée. Ce n’est pourtant pas un patronyme breton. De fait, le grand-père du poète était originaire de l’Aquitaine. Militaire, il caserna à Brest, où naquit son fils Édouard. Ce dernier, après une carrière maritime mouvementée, créa en 1839 la liaison par bateau entre Le Havre et Morlaix, où il séjourna de plus en plus, pour finir par s’y installer et y fonder famille. C’est donc en premier lieu grâce à Édouard que le nom des Corbière fut connu. Notable respecté, auteur de romans maritimes à succès, membre du conseil municipal, président de la Chambre de commerce, cet infatigable homme d’action fit installer dans sa cité le pont tournant et l’éclairage au gaz, et créa par ailleurs les régates de Locquénolé. L’ironie de la postérité fait que le père survit aujourd’hui grâce au fils, auteur d’un recueil poétique unique et visionnaire : Les Amours jaunes. La presse de l’époque ne signala pourtant qu’à peine la mort de Tristan…

Le poète se prénommait Édouard-Joachim, prénoms du père et du grand-père maternel. Il emprunta son pseudonyme de Tristan au compagnon d’Iseut. Né au manoir de Coat-Congar à Ploujean, le jeune Corbière vécut ensuite quai de Tréguier, à Morlaix, et au manoir du Launay, qui fut son lieu de villégiature adoré, comme l’atteste sa correspondance. Mis en pension au lycée de Saint-Brieuc en 1859, l’enfant y souffrit beaucoup de l’éloignement de sa famille. Ses lettres le montrent quémandant sans cesse l’affection de ses parents. Il est également très fier de faire lire à ses maîtres Le Négrier, roman le plus célèbre de son père. En 1860, le futur Tristan étudie au lycée de Nantes. Externe, il est hébergé par son oncle médecin, qui veille sur sa santé fragile. Il doit interrompre ses études et, dès 1863, vit le plus souvent à Roscoff, dont le climat est réputé salutaire aux malades des poumons. C’est là qu’il rencontre Rodolphe de Battine et sa compagne Armida-Josefina Cuchiani, dont Corbière tombe amoureux. Il s’installe à Paris en 1871, y fréquente la bohème littéraire et publie, grâce à son père, Les Amours jaunes en 1873. Sa pneumonie s’aggrave. Ramené à Morlaix dans leur maison du quai de Léon, Tristan y meurt le 1er mars 1875, sans sacrements, après avoir demandé qu’on remplisse sa chambre de bruyère.

[…]

Extrait de l’ouvrage : Balade en Bretagne Nord, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2011.

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