SUCY-EN-BRIE Halévy

SUCY-EN-BRIE

La vie parisienne à Sucy
par Françoise BALARD
(extrait)

 

 

Lorsque Ludovic Halévy s’établit à Sucy, il est au faîte de sa gloire et de sa célébrité. Le 17 mai 1893, il achète le domaine de Haute-Maison, une belle demeure bourgeoise entourée d’un parc de 9 hectares, située au bord du plateau briard, au-dessus d’un méandre de la Marne. Âgé de 59 ans, librettiste et romancier de renom, académicien depuis neuf ans déjà, très courtisé et sollicité, Ludovic, parisien dans l’âme, a l’intention d’y goûter la tranquillité et la paix. C’est aussi pour répondre au désir de ses deux fils «qui lui demandent cette année d’avoir quelque chose à lui, où l’on puisse avoir des livres à soi, des bêtes à soi, des intérêts de toute sorte à soi». La difficulté était de trouver un endroit «respecté encore par les Parisiens tout en n’étant pas trop éloigné d’eux».

Ce que Ludovic Halévy recherche donc à Sucy, c’est le repos, la détente, à une époque où l’âge et les vicissitudes d’une vie active se font sensibles. Vingt ans plus tôt, il écrivait déjà : «Ma vie a été très rude et laborieuse à ses débuts. Je commence à me sentir un peu las, et le  tourbillon de Paris n’a plus pour moi les mêmes agréments qu’autrefois, je demande à m’arrêter, à souffler au haut de la côte, à vivre enfin.» Pour Ludovic, le tourbillon de Paris était dû essentiellement aux immenses succès des livrets d’opérasbouffes qu’il avait composés pour Offenbach avec la complicité de son ami Meilhac. En 1893, La Belle Hélène, La Vie parisienne, La Grande Duchesse de Gerolstein, La Périchole et Carmen appartiennent à l’histoire ancienne, même si les reprises viennent régulièrement remplir son escarcelle et si tout Paris fredonne des airs qui deviendront bientôt des classiques :

L’amour est enfant de Bohême,
Il n’a jamais, jamais connu de loi.
Si tu ne m’aimes pas, je t’aime,
Et si je t’aime, prends garde à toi !

Après L’Abbé Constantin en 1852, ses nouvelles ont également connu un incroyable succès : lui-même s’étonne de voir 3 500 exemplaires des Petites Cardinal vendus le 7 juillet 1880, jour de leur parution, et 10 000 exemplaires disparaître en dix jours !

Même s’il rêve de tranquillité, Ludovic Halévy ne veut et ne peut pas rompre avec la vie parisienne. Académiciens et candidats à l’Académie, écrivains, artistes, philosophes renommés figurent parmi les amis invités à Haute-Maison : Degas, que Ludovic avait connu dès 1845 au collège Louis-le-Grand, fit plusieurs séjours à Sucy, se passionnant pour l’art naissant de la photographie et réalisant plusieurs toiles qui ornèrent les murs de Haute-Maison. Le compositeur Henri Rabaud, les peintres Jacques-Émile Blanche, André et Berthe Noufflard sont des intimes des Halévy. Au nombre des écrivains accueillis à Sucy, le poète François Coppée, le critique littéraire Ferdinand Brunetière, les romanciers René Bazin, Pierre Loti, l’essayiste Julien Benda, Jules Lemaître, Anatole France. Les cousins des familles Berthelot et Breguet étaient des habitués, comme Geneviève Halévy, femme de Georges Bizet par son premier mariage, plus connue sous le nom de Madame Straus et immortalisée par Marcel Proust à qui elle inspira tout l’esprit caustique de la duchesse de Guermantes.

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