Jules Laforgue à Tarbes

TARBES

Ô pays, ô famille…
Jules Laforgue
par Mireille Dottin-Orsini
(extrait)

Jules Laforgue, le poète des Complaintes (1885), de « Ah ! que la Vie est quotidienne… », est né à Montevideo en 1860 d’un père d’origine tarbaise qui, comme beaucoup de ses compatriotes pyrénéens, s’était exilé en Amérique du sud dans l’espoir d’une vie meilleure. En 1866, la famille Laforgue s’embarque en voilier pour la France ; au terme d’une interminable traversée, elle dépose à Tarbes les deux fils aînés, Émile et Jules, qui seront internes au lycée Impérial tandis que les parents repartent en Uruguay, d’où ils reviendront définitivement en 1875 pour s’installer à Tarbes puis à Paris. La mère meurt l’année suivante, après avoir donné naissance à son douzième enfant, qui ne survit pas.

Jules Laforgue quitte donc Tarbes pour Paris en 1876, et poursuit ses études au lycée Fontanes jusqu’au Baccalauréat – qu’il n’obtiendra jamais, paralysé à l’oral par une timidité qu’il tenait de son père. Ce dernier, revenu malade à Tarbes avec sa fille Marie, meurt à son tour en 1881, et Jules Laforgue, grâce à des recommandations, part pour Berlin occuper le poste de lecteur de français de l’Impératrice Augusta, femme de Guillaume Ier. Il restera six ans en Allemagne, puis abandonnera ce poste lucratif pour revenir définitivement à Paris, sans le sou, dans l’espoir de se lancer dans le monde des lettres. Il meurt, en août 1886, à vingt-six ans, de phtisie, peu après son mariage avec une jeune Anglaise rencontrée à Berlin qui le suivra bientôt dans la tombe. Sa statue, au jardin Massey, perpétue son souvenir.

Les traces de son Montevideo natal n’apparaissent guère dans l’œuvre de Laforgue, mais ses années de lycée à Tarbes y sont bien présentes, sous une forme ambiguë : un mélange de douceur triste, d’ennui profond et de nostalgie incurable d’orphelin solitaire.

Le poète se voulait, se sentait avant tout parisien, car c’est à Paris que « tout se passe », et il y est mort à l’aube de la gloire dont il rêvait. Mais sa sœur Marie à laquelle il écrivait de longues lettres, la plus proche de lui et sa préférée, était restée à Tarbes. Et devenu berlinois, chaque année, avant de rejoindre ses amis parisiens, il passait une partie de ses vacances chez sa sœur, désormais mariée avec l’architecte Charles Labat qui construisit le théâtre de Tarbes et prit courageusement en charge la nombreuse fratrie de son épouse.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Midi-Pyrénées, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mai 2011

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