Toulon Farrère

TOULON

Claude Farrère, le Méditerranéen
par Alain Quella-Villéger
(extrait)

 

 

Le nom de Claude Farrère, au civil l’officier de Marine lyonnais Charles Bargone, écrivain prolixe fort négligé par l’histoire littéraire, est au mieux cité de nos jours pour son prix Goncourt 1905, Les Civilisés. On évoque parfois ses audaces d’écriture dans le domaine du fantastique ou sa « turcophilie » chevaleresque, dans le sillage d’un Pierre Loti, et l’on rappelle qu’il fut élu à l’Académie française contre Claudel en 1935. Un large public à la fin du xixe siècle et dans le premier tiers du xxe siècle s’identifia pourtant au rêve et à l’émotion contenus dans les romans de Loti comme de Farrère, à tel point qu’on confondit parfois leurs œuvres marquées du sceau de l’exotisme. C’est d’ailleurs à Toulon que Loti écrivit son roman « sénégalais », Le Roman d’un spahi. Si Farrère (1876-1957) vint au monde alors que son aîné ébauchait une histoire d’amour turque qui allait lui inspirer son premier roman, Aziyadé, il servit sous les ordres de Loti (Julien Viaud, pour « La Royale ») ; c’était sur le Bosphore justement, d’août 1902 à septembre 1904.

On a fait de Claude Farrère le chantre ou le modèle d’une littérature coloniale désuète, sorte de Kipling français dépassé. Albert Cohen, dans Belle du Seigneur, joua sur le registre moqueur à propos d’une « secrétaire à eczéma [dont le père] avait été consul quelque part au Japon et qui, en cette qualité, avait eu l’honneur d’héberger un académicien nommé Farrère, dont en conséquence, elle avait fait relier les œuvres complètes » ! L’« académicien nommé Farrère », sans prénom, fut pourtant apprécié de confrères aussi différents que Pierre Louÿs, Victor Segalen, Roland Dorgelès, André Maurois, voire d’un Céline avouant aimer « encore mieux Claude Farrère que douze ou treize faux-monnayeurs », ou de Simenon qui, dans ses conversations avec Francis Lacassin en 1990, le cite encore parmi ses écrivains estimés.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade dans le Var, sur les pas des écrivains(c) Alexandrines, février 2010.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *