Bernard de Ventadorn à Ventadour

VENTADOUR

Ma route avec Bernart de Ventadorn,
par Jean Alambre
(extrait)

Nous nous apprêtions à traverser le Causse. L’étrange cavalier qui me précédait ce jour-là était fils d’un homme d’armes et d’une boulangère du château de Ventadour, là-haut dans le Limousin. D’autres le prétendaient enfant d’un serf attaché au service de ce château. D’autres encore le disaient bâtard d’un prince. Ce dont j’étais sûr, c’est qu’il était d’un milieu modeste. Peu m’importait d’ailleurs qu’il fût l’autre plutôt que l’un ou l’inverse. L’essentiel pour moi était cette certitude, cette conviction intime que j’avais : l’œuvre de Bernart était unique. Elle ferait de lui, à travers les siècles, l’un des plus grands poètes de l’amour. Rien ne pourrait désormais m’arracher de l’esprit que celui qui avançait devant moi, avec sa harpe pour bagage quand tant d’autres portaient la lance ou l’épée, que cet homme-là n’avait rien d’un cavalier ordinaire, rien de commun surtout avec la brutalité des temps que nous vivions alors. Celle des conquérants descendus du nord pour nous spolier à l’aube de ce siècle.

J’imaginais déjà combien sa réussite, Bernart la devrait aussi, un jour, à ses échecs, à ses souffrances. Mais, rien pour autant ne le détournerait de la route de lumière qu’il s’était tracée. Rien ne parviendrait à le faire renoncer à chanter amour et courtoisie, fussent-ils plus proches d’utopiques idéaux que des quotidiennes et cruelles réalités subies par ses contemporains des pays d’oc. Moi, j’admirais Bernart. Comment ne pas voir en lui une sorte de chevalier du bien et de la libre pensée ? Armé de ses seuls chants d’amour et d’espoir, il faisait honneur à notre terre limousine. Et quel honneur !

[…]

Extrait de l’ouvrage : Balade en Limousin, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2009

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