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Robert de Goulaine à Haute-Goulaine

HAUTE-GOULAINE

Robert de Goulaine, château de Goulaine, Haute-Goulaine,
par Jean-Louis Bailly
(extrait)

Qui rend visite à Robert de Goulaine ne peut guère, en chemin, oublier qui il va voir. Il sort du périphérique nantais par la porte de Goulaine, traverse une rivière, la Goulaine, suit la direction de Haute-Goulaine et parvient au château du même nom. « Mais, se défend Robert de Goulaine, nous n’avons pas pris leur nom aux villages ou à la rivière : ils nous ont emprunté le nôtre… » Et d’imaginer un inimaginable Golena, venu jusque-là dans les bagages de Jules César, qui en bon Romain s’est attaché à y planter et cultiver la vigne – comme son descendant deux millénaires plus tard. Même sans remonter si loin, la famille de Goulaine est assurément la plus vieille famille viticole au monde : il est attesté que, depuis mille ans au moins, peut-être quinze cents, elle produit ici son vin, aujourd’hui gros-plant et muscadet de belle qualité. Nul besoin, donc, de démontrer ici la solidité des liens qu’entretient Robert de Goulaine avec la terre où il vit.

La pièce du château où il reçoit le visiteur ne ressemble pas aux salles de réception qu’admirent chaque année des milliers de touristes : elle fut, durant des siècles, la cuisine. Pourquoi s’y sent-on si vite à son aise ? C’est que, malgré ses vastes dimensions, d’après Robert de Goulaine, sa forme carrée, sa voûte à croisée d’ogives font que l’on y est comme un chien dans sa niche… La dissymétrie – une fenêtre rectangulaire, une arrondie, le décentrement des deux grandes cheminées de pierre –, le désordre des revues, des livres que l’on prend et laisse, des manuscrits, des objets, des photos, des souvenirs : le confort n’y est pas paresse, et tout y dit le mouvement, la curiosité en éveil, la vie.

Une vie, du reste, qui excède de beaucoup celle de ses habitants. Longtemps Robert de Goulaine s’est intrigué d’une large balafre qui entaille le flanc droit de la cheminée : profonde, mais non brutale, creuse à la façon d’une ornière inverse, presque sensuelle, elle ne pouvait être le fruit d’un choc, mais d’une patiente usure. Celle de milliers de lames de couteau qui, des siècles durant, se sont aiguisées à la pierre pour mieux fendre la chair croquante rôtissant dans la cheminée… Voilà comment on habite le château de Goulaine, ou comment on se laisse habiter par lui, comment la maison à qui l’on redonna vie vous récompense en vous contant la sienne. Et le récit tient parfois du roman : qu’on en juge.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Loire-Atlantique, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, février 2009

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