George Sand à Boussac

Boussac

George Sand, du brin d’herbe au nuage,
par Sylvie Delaigue-Moins
(extrait)

George Sand savait garder intacts les moindres détails des lieux visités des années auparavant. Près de trois ans se sont écoulés depuis le voyage dans la Creuse, en octobre 1841, lorsqu’elle commence à écrire Jeanne, son premier roman rustique. Dès le prologue, rédigé à Paris au début de 1844, le décor, au pied des Pierres Jaumâtres est planté, à la fois précis comme un guide touristique et baigné de poésie. C’est à Nohant où elle est arrivée le 4 juin avec Frédéric Chopin qu’elle termine l’ouvrage.

Sa liaison avec le musicien – qui date maintenant de presque six années – s’est, en quelque sorte, officialisée auprès de leurs amis. La présence de Maurice et Solange, les enfants de George, toujours à leurs côtés, donne à leur relation cet aspect de vie de famille bien loin des orages traversés au temps de Musset ou de Michel de Bourges. À quarante ans, George a trouvé auprès de Chopin, de six ans son cadet, ce qui lui avait manqué chez ses précédents amants : une sincère admiration et le respect pour son œuvre. De son côté, Chopin bénéficie auprès d’elle d’un repos, d’un calme propice à sa création. Tandis qu’il travaille à sa superbe Sonate en si mineur, George Sand, de sa chambre voisine, est témoin comme toujours de ses angoisses, de cette suite d’efforts douloureux dans sa recherche de l’impossible perfection. Ainsi, elle se prend elle-même à ne plus se satisfaire du premier élan de son inspiration. Elle travaille sa documentation.

L’action de son roman creusois se situe vers 1820, et la romancière y peint la société de la Restauration, celle de sa jeunesse. Mais le discours qu’elle prête, dans le prologue, aux trois jeunes gens « de bonne mine » pourrait se tenir aussi bien vingt ans plus tard. La référence au monde paysan, maintenu dans sa pauvreté et son ignorance par la classe dominante, renvoie à certaines discussions passionnées de cette époque entre la romancière et ses amis à Nohant. Depuis plusieurs années acquise au socialisme de Pierre Leroux, c’est elle qui l’a incité à développer sa conception de « l’égalité véritable » dans un ouvrage, sorte d’évangile socialiste, paru en 1840 : De l’humanité, de son principe et de son avenir. Maintenant, elle met tout en œuvre, sa notoriété et son argent pour l’aider à créer à Boussac une imprimerie où il pourra, pense-t-elle, réussir à « propager presque gratuitement de bons livres pour l’enseignement des  masses ».

[…]

Extrait de l’ouvrage : Balade en Limousin, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2009

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