François Fabié à Durenque

DURENQUE

François Fabié, le chantre du Rouergue
par Rémi Soulié
(extrait)

 

« François Fabié (1846-1928) chantre du Rouergue, de son âme et de ses fils » : telle est l’inscription gravée sur la plaque apposée sur la façade du moulin de Roupeyrac, maison natale du poète rouergat située dans le village de Durenque, aux confins du Lagast, du Ségala et du Lévézou mais au centre du département de l’Aveyron – comme si celui qui fut, au xxe siècle et sans doute pour les siècles des siècles, le plus fervent soupirant de la vieille province devait mystérieusement naître en son cœur. D’ailleurs, si les itinéraires littéraires devenaient des pèlerinages et dessinaient une géographie sacrée, tous les chemins aveyronnais mèneraient sans doute à cette petite Rome où convergèrent, un temps, trois hérauts du Rouergue occitan et universel : l’abbé Justin Bessou, Arthémond Durand-Picoral et Jean Boudou.

Paradoxe de Fabié : lui qui ne cessa de chanter le Rouergue, ses pâtres, ses ruisseaux, ses loups, ses laboureurs, ses monts, ses grands hommes, ses pâturages, en fut le plus souvent éloigné sa vie durant pour des raisons professionnelles (agrégé, en 1876, de ce que l’on n’appelait pas encore les « lettres modernes » il vécut à Cluny, Toulon, Paris…) et conjugales (il épousa, un an plus tard, une Toulonnaise), attestant ainsi une fois de plus combien le chant se nourrit de la nostalgie et donnant raison au célébrant de La Messe là-bas (Claudel) pour qui : « L’exil seul […] enseigne la patrie ». Aujourd’hui encore, le prestige symbolique de Fabié demeure intact pour les Aveyronnais de l’intérieur et ceux de la diaspora parisienne ou anglo-saxonne qui vibrent à l’unisson lorsque l’alexandrin les rallie : « O clocher de Rodez, qu’on voit de trente lieues ! ». Qu’importe, dès lors, que l’éloignement favorise idéalisation et « cristallisation » stendhalienne : le beau reste l’éclat du vrai ; emblématique des « courbes de vie » et du tempérament aveyronnais, l’œuvre de Fabié est à la fois d’un sédentaire contrarié et d’un « malgré-lui » nomade. Selon son propre aveu, le franchissement du Viaur pour aller de Durenque à Rodez le fit à peine moins souffrir que Virginie la traversée des océans qui séparent l’Ile Bourbon de la France ! Généreux en hyperboles, il alla même jusqu’à nommer « porte de l’Enfer » le tunnel qui sépare le Rouergue du Quercy après la gare de Capdenac !

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Midi-Pyrénées, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2011.

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