Jean-Henri Fabre à Saint-Léons

SAINT-LÉONS

Jean-Henri Fabre, un génie protéiforme
par Marie-Lise Tichit
(extrait)

Scientifique de génie, aquarelliste de talent, entomologiste mais aussi botaniste, Jean-Henri Fabre écrivain laisse avec les Souvenirs entomologiques une formidable œuvre littéraire. Compilation de ses observations scientifiques où il raconte par le menu la vie des petites bêtes, ces récits, émaillés de souvenirs personnels et de réflexions philosophiques, lui ont valu une reconnaissance mondiale. Personnage hors du commun, « observateur inimitable » pour Darwin, « Virgile des insectes » pour Victor Hugo, Fabre reste, pour Jean Rostand, « un grand savant qui pense en philosophe, voit en artiste, sent et s’exprime en poète ». Né dans un milieu familial extrêmement démuni où chacun est absorbé par la survie au quotidien, où il n’y a ni argent pour les livres, ni temps pour la réflexion jugée stérile, à l’âge où tout se dessine, où tout se décide, enfant particulièrement sensible et réceptif, la nature, cette nature sauvage du Lévézou l’a profondément marqué et a été le grand livre ouvert dans lequel Fabre s’est plongé avec émerveillement. « Dès le bas âge, dès le premier éveil intellectuel, j’ai la propension aux choses de la nature ; pour en revenir au terme topique, j’ai la bosse de l’observation. »

« À cinq six ans je me revois très bien, vêtu d’une robe de bure traînant crottée sur mes talons nus ; je garde souvenance du mouchoir appendu à la ceinture avec un bout de ficelle, mouchoir souvent perdu et remplacé par le revers de la manche. […] Un jour, les mains derrière le dos, me voilà marmot pensif, tourné vers le soleil. L’éblouissante splendeur me fascine. […] Est-ce avec la bouche, est-ce avec les yeux que je jouis de la radieuse gloire ? […] J’ouvre toute grande la bouche et je ferme les yeux. La gloire disparaît. J’ouvre les yeux et la gloire reparaît. Je recommence. Même résultat. C’est fait : je sais pertinemment que je vois le soleil avec mes yeux. Oh ! La belle trouvaille ! Le soir j’en fis part à la maisonnée. La grand-mère sourit tendrement de ma naïveté ; les autres s’en moquèrent. Ainsi va le monde. »

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Midi-Pyrénées, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2011.

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